Printemps...
Aujourd'hui, de nouvelles effluves printanières raniment l'atmosphère jusque là pluvieuse de l'hiver. Le soleil s'est levé sur Coëtquidan, et avec lui, les senteurs aromatiques des fleurs et des bourgeons. Cà et là, les marguerites cèdent la place aux trèfles et aux jonquilles. Les plates-bandes de l'été sont déjà en place, et les arbustes bourgeonnants annoncent la fin d'un hiver automnal, triste et sans neige.
La douceur qui s'installe sur le camp invite à la promenade et l'on commence à voir quelques parents au square avec leurs enfants. Sur la place Beaumarchais, deux fillettes font du vélo, se posent déjà la question d'aller se balader plus loin. Malgré l'atmosphère lumineuse de cette belle journée, la grande rue du village est quasiment déserte. La boutique du brocanteur, bien qu'allumée, reste porte close. La sonnette de l'entrée attire la boulangère dans sa boutique, où je viens acheter ma baguette quotidienne. Le monde est souriant aujourd'hui. Et même si Florian travaille cet après-midi, je ne me sens pas toute seule.
J'aime cette période de l'année, entre chien et loup, où les odeurs du printemps pointent déjà le bout de leur nez, bien que l'hiver ne soit pas terminé. Le soleil, encore timide, arrose de ses rayons la cime des arbres, et encourage les faibles petites pousses à grandir. Le brin de romarin fait une branche, la menthe de mon balcon, que je croyais perdue, reprend de plus belle, tandis que l'azalée et le cyclamen, aux fleurs hivernales, se préparent à se reposer. Même les bambous ont l'air en forme, eux qui sont si discrets qu'on les oublierait.
Et pourtant... ce n'était pas gagné cette semaine. Le temps qui sévissait alors à La Trinité sur Mer, n'avait rien de réjouissant. Pluie et vent pendant des jours, des accalmies parfois, mais surtout la tempête. Force 7 le matin sur la pointe, au point de provoquer l'annulation d'une régate. Ambiance morose à l'intérieur, souvent ranimée par le sourire d'une petite fille aux yeux bleus, dont les "oh !" évocateurs, traduisent son émerveillement devant les choses de la vie: la pluie qui tombe dans une flaque, les mésanges et les rouges-gorges qui viennent picorer la boule de graisse accrochée au mur, les vagues que l'on voit du salon déferler sur la plage, les bateaux qui passent au loin...
Alors, de retour à la maison après 15 jours d'absence, il est doux de pouvoir profiter du soleil qui renaît, de ces effluves printanières qui ravivent les couleurs du temps, les odeurs du paysage, les bruissements des feuilles et le chant des oiseaux. Même si demain la pluie revient, on aura profité au moins quelques heures de ce printemps qu'on attend toute une morne saison...